Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 11:34

Le voyage est terminé. Il y a quelques jours j'ai retrouvé avec beaucoup d'amertume ma vie française. Au revoir les cases et les baobabs, Kousmar et la teranga. Jamais un retour au pays n'a été aussi difficile pour moi.

 

J'ai tiré beaucoup de leçons de ce séjour, et avant tout des leçons d'humanité autour de la vie, la famille, le partage ou encore le bonheur. Etre le seul blanc m'a permis de vivre comme un vrai sénégalais,  d'explorer le temps, de partager les moments de vie simples et forts, dans un autre univers, avec les moyens du bord.

Je retiendrai aussi qu'il m'aura aussi fallu presque un quart de siècle pour me rendre compte que je suis blanc...

 


 

Pour terminer une série de belles images.


 

Les beaux sourires, ici Tako et son fils qui a pleuré de peur chaque fois qu'il m'a vu

 

Tako-Antoine

 

Les paisibles couchers de soleil sur Kousmar, après les longues et chaudes journées.

 

coucher.jpg

 

Le travail continuel et harassant des femmes...

 

Aby

 

La cérémonie de l'ataya, ou comment faire durer un simple thé entre copains une bonne heure et demie. On dit en rigolant que c'est une activité de chômeur à cause du temps qu'il faut pour le préparer.

 

ataya-galle.jpg

 

La forêt de Kousmar dans laquelle j'aurais souffert et pris beaucoup de plaisir

 

paysage-K.jpg


La course au poulet ! Chaque fois qu'on veut manger du poulet, il faut d'abord l'attraper. Même à 10 contre 1 ça peut durer un bon moment.

 

poulet.jpg

 

Et la dernière, une photo d'un petit Simon qui va grandir au Sénégal ! Pas de panique ce n'est pas le mien, il a juste pris mon nom à cause de sa peau au teint clair. Il y en aura peut-être d'autres à venir.

 

SimonBundaw

 

Merci de m'avoir accompagné dans ma découverte de l'africanité au long de ces six mois. A bientôt pour certains pour parler de tout ça de vive voix autour d'un verre.

 

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Par Milon
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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 00:07

La saison des pluies avance. On l'appelle hivernage ici. La nature s'est métamorphosée et est passée en quelques semaines du jaune au vert, pour le grand bonheur de tout le monde.


tout-est-vert

 

Les quelques mois de pluie sont passés à cultiver le mil, l'arachide et le maïs. Il faut faire des provisions pour les longs mois de saison sèche. Tous les hommes sont aux champs le matin et le soir, les écoles sont fermées.

Ni tracteurs ni fainéants. On enchaîne les rangs 7 heures par jour, ici pour désherber.

 

champs1

 

… et on attend les retardataires

 

champs2


Sur Kousmar les changements sont aussi radicaux. Les marées sont de plus en plus importantes et rendent l'accès à la forêt plus compliqué.

 

Kousmar

 

Dans la forêt je passe mon temps à chercher mon chemin, j'ai perdu tous mes repères.

un paysage de saison sèche :

 

saison sèche

 

le même au début de la saison des pluies. En octobre les herbes dépasseront 1m50 de hauteur.


saison des pluies

 

De nombreux oiseaux africains arrivent pendant la saison des pluies pour se reproduire. C'est le cas du guêpier à gorge blanche et du coucou didric.

 

guepier a gorge blanche

coucou didric

 

Chez les papillons, c'est l'explosion de vie. Festival de formes et de couleurs.


Charaxes varanes


Charaxes varanes

 

Hypolimnas misippus

 

Hypolimnas misippus

 

Papilio demodocus

 

Papilio demodocus

 

Les reptiles sont également plus actifs. Voilà quelques-uns des rares habitants de l'île.

 

Varan des savanes

 

varan-des-savanes

 

Mabuya perroteti

 

Mabuya

 

L'échide à ventre blanc, le serpent sénégalais pas excellence par la lenteur de ses déplacements.

 

Echis leucogaster


J'ai eu la chance de découvrir un dortoir de hiboux du Cap sur Kousmar. Cette espèce discrète est très localisée au Sénégal. Elle n'était connue que de la côte de Casamance, au sud du pays.

 

hibou1

 

hibou2


Pour finir quelques images glanées au village et lors d'une tournée dans les îles du Saloum.

Tourterelle rieuse

tourterelle rieuse

 

Pigeon roussard

pigeon roussard

 

l'Elanion naucler, présent tout au long de l'année sur l'île

naucler2

 

Bulbul des jardins

bulbul


 

Alcyon pie

alcyon pie

 

Cordonbleu à joues rouges

cordonbleu

 

Choucador à oreillons bleus

choucador à oreillons bleus

 

le très présent Vanneau éperonné

vanneau ep

 

Souimanga à longue queue

souimanga

Par Milon
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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 18:54

Il est impossible de parler de l'Afrique sans aborder le mystique, tant son importance est grande. Deux mondes se chevauchent, celui du réel et celui de l'invisible, leur frontière étant parfois floue. Si le mystique est inconnu des européens, il est le quotidien des sénégalais. Ils vivent avec de leur naissance à leur mort. Nombreux sont les diables, les animaux mystiques ou les mauvaises personnes dont il faut se protéger. Pour cela, chacun porte sur lui des grigris et rend visite aux marabouts féticheurs, jeteurs de sorts ou fabricants de grigris.

Même les maisons ont leur grigris, pour les protéger des mauvais esprits.


parabole


Le patriarche de la famille dans laquelle je vis est un vieux marabout dont le prestige fait déplacer les grands de ce pays. J'ai vu défiler nombre de 4x4 dans la cour de la maison, amenant un procureur, le médecin en chef des armées et autres. Le premier ministre fait aussi appel à ses services. Le Vieux a le pouvoir  d'entrer en contact avec les diables. Grâce à cela il peut guérir la folie, la stérilité, et provoquer l'amour par exemple. Pour ce dernier on m'a expliqué que quand un homme fait boire de l'eau travaillée par le Vieux à une femme, celle-ci va le suivre "comme le chien suit l'Homme". C'est beau l'amour !

Les marabouts peuvent également lire le passé et l'avenir. Certains sorts sont plus originaux. On peut consulter un marabout pour faire taire une rumeur, augmenter ses chances au bac, ou rendre impuissant le rival qui a marié la femme que l'on convoitait. Des expatriés font appel au Vieux pour ne pas être victimes de licenciements dans leur entreprise. Il va alors jeter un sort au patron toubab afin qu'il ne puisse ni prononcer ni écrire le nom de l'intéressé. Comment licencier une personne dont on ne peut ni prononcer ni écrire le nom ?

Il existe plusieurs formes de grigris. Les plus courants sont accrochés au corps par une ficelle, comme ici à la taille de Mounas.


mounas


Le Vieux travaille d'une autre manière. De nombreux éléments peuvent entrer dans la composition de ses grigris. Dans un premier temps il va confectionner le grigri avec des plantes par exemple, ou un œuf, une corne animale, le tout enroulé dans du coton. Puis, durant la nuit, il va travailler le grigri dans le coin de la maison où se trouvent des diables, ou au cimetière. Là il lance des incantations en répétant des gestes que son père a appris de son père. Enfin le grigri est plongé dans de l'eau avec laquelle se lavera le client pour que le sort prenne effet.

 

les grigris prêts pour être travaillés par le Vieux


grigris-Makha.jpg


Kousmar n'échappe pas à la mysticité. On y trouve des serpents "en pagaille" d'après les villageois. Pour ne pas risquer la vie des hommes travaillant sur l'île, le marabout du village voisin de Kado a jeté un sort aux serpents de Kousmar, de telle sorte qu'ils ne puissent pas mordre. Si cela me préserve des morsures, je reste à la merci des diables et du ninkinanka, un serpent invisible qui tue quand on croise son regard. Parmi les diables on compte le kondrong, un berger peul invisible de un mètre de haut, qui garde son troupeau de vaches invisibles. Si un enfant croise ses traces il est emmené dedans et disparaît plusieurs jours.

L'Afrique est pleine de mystères…

Par Milon
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Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /Juin /2010 18:02

C'est la raison de ma présence ici, je crois qu'il est temps d'en parler.

La plus grande partie de mon travail consiste à inventorier la faune vertébrée de l'île de Kousmar. Je passe donc le plus clair de mon temps à me balader dans la forêt de l'île à la recherche des oiseaux, mammifères et reptiles. Si l'île est bien pourvue en oiseaux, ce n'est pas le cas pour les mammifères et reptiles. D'une part le fait d'être sur une île limite l'accès pour les animaux ne volant pas, et d'autre part la forte pression de l'Homme sur la nature a fait disparaître ou régresser très fortement bon nombre d'espèces. Les enquêtes auprès des habitants des villages environnant me permettent de reconstituer le paysage et la faune d'autrefois. Il y a un-demi siècle il était encre possible d'observer des gazelles, des phacochères ou des singes autour des villages. Aujourd'hui les derniers singes de la région se trouvent dans les cours des maisons.

Ici un singe rouge, ou patas.


binette-pape


L'accroissement de la population et l'expansion des cultures a fait maigrir considérablement les forêts continentales qui abritaient la faune. Les seuls grands mammifères encore présents sont les hyènes, qui arrivent à s'accommoder des modifications de leur environnement. Pour mon travail je vais devoir estimer la taille de la population se servant de Kousmar comme refuge. Ca fera l'objet d'un prochain article.


traces-main


et leur tanière

taniere-des-boukis


Pour avoir un aperçu exhaustif de la faune de l'île je m'y rends aussi la nuit avec deux copains, pour piéger les micromammifères (sourits, rats, gerbilles…). Aux yeux des villageois, cela nous a élevé au rang de héros selon les uns, d'inconscients suicidaires selon les autres. La présence des hyènes effraie les villageois à un niveau qui dépasse l'entendement. Ces animaux, en plus de s'attaquer au bétail, ont une forte dimension mystique.

Pourtant il n'y a pas plus tranquille que les nuits sur l'île. Nous posons la tente à la lisière de la forêt, avec un feu de bois nous permettant de faire l'ataya, ce thé vert traditionnel sans lequel un sénégalais ne peut survivre. Nous contemplons le magnifique ciel étoilé avec Bob en fond sonore, que les hyènes ou les chacals accompagnent parfois de leurs cris. Toutes les trois heures nous partons relever nos pièges.


ataya

capture


Afin d'évaluer l'état de conservation de la forêt de Kousmar, je vais visiter d'autres îles du Saloum pour mener une étude comparative. Je pars accompagné de mon ami Makha sur Petit Malaw, ma fière mobylette. C'est à chaque fois une vraie expédition, avec tous les aléas qui vont avec : panne mécanique, crevaison, attaque de varan du nil… Nous parcourons des kilomètres sur les chemins cabossés qui mettent à rude épreuve nos muscles fessiers. Vous remarquerez que la nature commence à verdir. Il pleut régulièrement depuis deux semaines maintenant.


petit-malau


Ces escapades sont l'occasion d'observer quelques espèces absentes de Ndiaffat, comme ces Bucorves d'Abyssinie, à la taille démesurée.


bucorves

 

Une fois dans les villages nous cherchons quelqu'un pouvant nous emmener jusqu'aux îles. A pirogue, à pied, tous les moyens sont bons. Faut pas avoir peur de se mouiller. Ceux qui me connaissent seront étonnés de voir tout ce que je peux endurer pour de la botanique.


la-bota-j-adore

 

La dernière partie de mon travail consiste à suivre une population nicheuse d'élanions nauclers. Je me suis rendu compte avec surprise que ces rapaces se reproduisent sur Kousmar. Leur écologie est très peu connue, j'en profite donc pour mener une étude sur leur reproduction, avec l'appui de Wim, un scientifique néerlandais. Depuis la fin avril, je pars tous les quatre jours faire une tournée des nids pour noter ce qu'il y a dedans et suivre l'évolution des nichées. J'utilise pour cela une perche au bout de la quelle un miroir est fixé.

Malheureusement pour ces oiseaux le taux d'échec est énorme. L'endroit n'est pas forcément très stratégique pour nicher. Pendant plus de la moitié de l'année quelques 60.000 rapaces utilisent le dortoir, ça attire des prédateurs qui doivent bien trouver quelque chose à se mettre sous la dent pendant le reste de l'année...

les oeufs

oeufs


de jeunes poussins

poussins


et un poussin à quelques jours de l'envol

juv-naucler

 

Le temps passe, le retour est prévu dans cinq semaines...

Par Milon
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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 21:12

Voilà en vrac quelques bizarreries de la vie de tous les jours qui font qu'ici, c'est le Sénégal.


drapeau-copie-1.jpg  On met la musique à fond dès 4H30 du matin, le tube du moment s'appelle Allah Ouakbarh. Je ne suis pas fan, mais ça a beaucoup de succès ici.


mosquee


drapeau-copie-1.jpg  On peut être jusqu'à 10 ou 11 à manger dans la même assiette.


tiere.jpg


drapeau-copie-1.jpg  Les gendarmes dans leurs beaux costumes ont une mission différente de chez nous. Ils arrêtent seulement les poids lourds pour les décharger du billet de 1000 Francs caché dans le permis de conduire du conducteur. On les appelle les mange-mille.

 

mangemille


drapeau-copie-1.jpg  Les vaches ont des cornes vraiment longues. Elles sont belles.

 

vache


drapeau-copie-1.jpg  L'adoption est très fréquente. On offre son enfant à un membre de la famille ou à des gens proches pour rapprocher, pour créer des liens.  Toute famille un tant soit peu aisée élève au moins un enfant qui lui a été donné.

La petite Awa est élevée par sa tante depuis un mois comme si c'était sa propre fille. Elle change d'ethnie, donc apprend un nouveau langage. Le premier mot qu'elle a appris et qu'elle répète sans cesse est doul, qui veut dire quelque chose comme abruti.

 

awaa


drapeau-copie-1.jpg  Le contrôle technique est un concept qui diffère du nôtre. Après vérifications par le mécanicien, la voiture sort dans un état pire qu'avant qu'il n'y touche. Un taxi que j'ai pris pour rejoindre Dakar en est témoin. La voiture sortait le matin même du contrôle technique. Quelques boulons avaient mal été resserrés, le pont a lâché et a fait exploser un pneu pendant que nous roulions.

 

taxikaput


drapeau-copie-1.jpg  Le Jugement est une manière officielle de changer d'âge. Pour obtenir certains diplômes scolaires il est nécessaire de ne pas dépasser un âge limite. Seulement, ici on prend son temps pour les études. Alors quand on est au-dessus de l'âge limite, ce qui est régulièrement le cas, on va à la préfecture. Pour 2000 francs CFA (3 euros) on perd officiellement quelques années grâce à un nouveau certificat de naissance. On peut faire le jugement autant de fois qu'on veut, jusqu'à l'obtention de sa carte d'identité où la date inscrite sera définitive.

Quand je demande à Makha son âge il me répond certaines fois 1987, certaines fois 1984. Des fois il est l'aîné, d'autres fois c'est moi.


jugement

 

drapeau-copie-1.jpg  Les chiens sont nombreux ici, mais il n'y a qu'un seul modèle et deux ou trois coloris différents. Pour les rendre plus agressifs on leur coupe les oreilles (ça évite aussi le développement de plaies) et les testicules (…). A vrai, dire, chaque village à une explication différente pour les oreilles. Par endroits c'est pour qu'ils entendent mieux.

Celui-là a conservé les siennes.

 

iench


drapeau-copie-1.jpg  Le football est une religion. Dès qu'un enfant marche, on lui met un ballon dans les pieds. Malgré toute la ferveur qui entoure ce sport l'équipe nationale n'est pas au mieux en ce moment. On m'a expliqué que c'est dû aux désaccords entre les marabouts qui protègent les joueurs. Ils appartiennent à différents courants de l'Islam, et tant qu'ils ne feront pas union l'équipe nationale ne pourra pas terrasser ses adversaires.

Le Sénégal n'a pas participé à la dernière édition de la Coupe d'Afrique des Nations, car il a été éliminé lors des matchs de poule par l'équipe de la voisine et rivale Gambie. Les gambiens, grâce au match nul qu'ils ont obtenu, ont éliminé le Sénégal. Après ce fait d'armes historique, le président gambien a décrété que le lendemain serait un jour férié, chômé et payé, pour fêter dignement cette "victoire".

 

 

foot

 

drapeau-copie-1.jpg  La drague… Culture différente, techniques différentes. Les toubabs sont des cibles de choix car, comme chacun le sait, l'argent coule à flot chez eux. Et en plus ici, l'exotisme, c'est le blanc.

Les hommes utilisent des techniques frontales. Pas de parabole, droit au but. Des copines sur Dakar ont régulièrement le droit à des "Dieu t'as mis sur mon chemin, tu es la femme de ma vie !" de la part de (quasi) inconnus.

Les femmes s'y prennent différemment, préférant taquiner pour attirer l'attention. Pour faire connaissance elles lanceront par exemple un "Je trouve que tu es moche" quand tu es entouré de monde. Ca crée des liens…


En tout cas il faut savoir persévérer, comme Tierno.

drague1

drague2

drague3

Par Milon
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