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Et le boulot dans tout ça ?

25 Juin 2010, 18:02pm

Publié par Milon

C'est la raison de ma présence ici, je crois qu'il est temps d'en parler.

La plus grande partie de mon travail consiste à inventorier la faune vertébrée de l'île de Kousmar. Je passe donc le plus clair de mon temps à me balader dans la forêt de l'île à la recherche des oiseaux, mammifères et reptiles. Si l'île est bien pourvue en oiseaux, ce n'est pas le cas pour les mammifères et reptiles. D'une part le fait d'être sur une île limite l'accès pour les animaux ne volant pas, et d'autre part la forte pression de l'Homme sur la nature a fait disparaître ou régresser très fortement bon nombre d'espèces. Les enquêtes auprès des habitants des villages environnant me permettent de reconstituer le paysage et la faune d'autrefois. Il y a un-demi siècle il était encre possible d'observer des gazelles, des phacochères ou des singes autour des villages. Aujourd'hui les derniers singes de la région se trouvent dans les cours des maisons.

Ici un singe rouge, ou patas.


binette-pape


L'accroissement de la population et l'expansion des cultures a fait maigrir considérablement les forêts continentales qui abritaient la faune. Les seuls grands mammifères encore présents sont les hyènes, qui arrivent à s'accommoder des modifications de leur environnement. Pour mon travail je vais devoir estimer la taille de la population se servant de Kousmar comme refuge. Ca fera l'objet d'un prochain article.


traces-main


et leur tanière

taniere-des-boukis


Pour avoir un aperçu exhaustif de la faune de l'île je m'y rends aussi la nuit avec deux copains, pour piéger les micromammifères (sourits, rats, gerbilles…). Aux yeux des villageois, cela nous a élevé au rang de héros selon les uns, d'inconscients suicidaires selon les autres. La présence des hyènes effraie les villageois à un niveau qui dépasse l'entendement. Ces animaux, en plus de s'attaquer au bétail, ont une forte dimension mystique.

Pourtant il n'y a pas plus tranquille que les nuits sur l'île. Nous posons la tente à la lisière de la forêt, avec un feu de bois nous permettant de faire l'ataya, ce thé vert traditionnel sans lequel un sénégalais ne peut survivre. Nous contemplons le magnifique ciel étoilé avec Bob en fond sonore, que les hyènes ou les chacals accompagnent parfois de leurs cris. Toutes les trois heures nous partons relever nos pièges.


ataya

capture


Afin d'évaluer l'état de conservation de la forêt de Kousmar, je vais visiter d'autres îles du Saloum pour mener une étude comparative. Je pars accompagné de mon ami Makha sur Petit Malaw, ma fière mobylette. C'est à chaque fois une vraie expédition, avec tous les aléas qui vont avec : panne mécanique, crevaison, attaque de varan du nil… Nous parcourons des kilomètres sur les chemins cabossés qui mettent à rude épreuve nos muscles fessiers. Vous remarquerez que la nature commence à verdir. Il pleut régulièrement depuis deux semaines maintenant.


petit-malau


Ces escapades sont l'occasion d'observer quelques espèces absentes de Ndiaffat, comme ces Bucorves d'Abyssinie, à la taille démesurée.


bucorves

 

Une fois dans les villages nous cherchons quelqu'un pouvant nous emmener jusqu'aux îles. A pirogue, à pied, tous les moyens sont bons. Faut pas avoir peur de se mouiller. Ceux qui me connaissent seront étonnés de voir tout ce que je peux endurer pour de la botanique.


la-bota-j-adore

 

La dernière partie de mon travail consiste à suivre une population nicheuse d'élanions nauclers. Je me suis rendu compte avec surprise que ces rapaces se reproduisent sur Kousmar. Leur écologie est très peu connue, j'en profite donc pour mener une étude sur leur reproduction, avec l'appui de Wim, un scientifique néerlandais. Depuis la fin avril, je pars tous les quatre jours faire une tournée des nids pour noter ce qu'il y a dedans et suivre l'évolution des nichées. J'utilise pour cela une perche au bout de la quelle un miroir est fixé.

Malheureusement pour ces oiseaux le taux d'échec est énorme. L'endroit n'est pas forcément très stratégique pour nicher. Pendant plus de la moitié de l'année quelques 60.000 rapaces utilisent le dortoir, ça attire des prédateurs qui doivent bien trouver quelque chose à se mettre sous la dent pendant le reste de l'année...

les oeufs

oeufs


de jeunes poussins

poussins


et un poussin à quelques jours de l'envol

juv-naucler

 

Le temps passe, le retour est prévu dans cinq semaines...

Commenter cet article

adrien 10/07/2010 12:26


Génial tes articles!
Merci pour les explications de ce que tu fais!
C'est piloté ou commandé par qui la mission au fait?
Profites bien
Adrien


Milon 10/07/2010 17:59



la LPO. 


Simon



serge barande 01/07/2010 14:22


Ouais eh bé magne-toi le fion, because que le transpyr y commence dans 15 jours. Fin juillet, je t'enverrai qqs milans noirs et qqs cigognes blanches. Prends-en bien soin! bises
serge


vaness 30/06/2010 14:37


Poussin, poussin, j'y mettrais pas les doigts moi...
La mobylette roule toujours c'est bon ca, qu'elle te porte encore loin pour ces 5 dernières semaines (et que ton fessier devienne ferme;-)).


nico le corse 29/06/2010 23:42


Toujours aussi intéressant, je m'étonne de voir si peu de réactions (peut-être les autres passent leur temps à bosser enfin j'y crois pas mais).
Encore une fois bcp de similitudes avec le Diawling en Mauritanie. Là-bas ce n'étaient pas les hyènes mais les chacals. Tu en as toi? Les patas y étaient quasiment au même stade de disparition. Une
tanière de hyène ressemble comme deux gouttes d'eau (au moins taille de l'entrée) à celles de phacos.
Dans un sens, plus d'oiseaux que de mammifères et reptiles ne doit pas te déplaire tant que ça. Terrible l'aspect repro des élanions (comme si t'avais pas assez de choses à faire). Le Saloum c'est
à combien de temps de ton île. La charrette tient le coup?
Bon courage pour l'interprétation des données issues des enquêtes auprès des villageois!
Profite jusqu'au bout!
La bise